Le pistolet

Un drôle de pistolet… au moulin de L’Orière à Beaumont-sur-Sarthe

Résumé d’un article de 2 pages, par Gérard Plommée. Photos Pauline Jeannerot

Article paru dans le magazine Moulins de France en juillet 2012

Le moulin de l’Orière se situe sur la commune de Beaumont-sur-Sarthe. Depuis 10 ans, il accueille tous les ans durant deux mois 400 à 500 jeunes pour les vacances, des camps scouts principalement. A l’initiative de Philippe Jeannerot, propriétaire, ce moulin est animé par l’ADAMO, l’Association des Amis du Moulin de l’Orière.

Philippe Jeannerot : « En 1999, j’ai entrepris quelques travaux de nettoyage dans la partie moulin. Je désirais pouvoir faire visiter Lorière lors de la prochaine Journée des Moulins au mois de juin. A ma très grande surprise un pistolet de bonne facture est découvert dans le grand blutoir du deuxième étage : quelle découverte !

Philippe Jeannerot, curieux, tente de faire expertiser l’arme auprès d’antiquaires de Paris où il travaille : « arme du milieu XVIIIe siècle »…Le pistolet, après avoir passé beaucoup de temps dans le blutoir, même s’il est en très bon état de conservation, seulement un peu rouillé et le manche de noyer troué par les vers, ne porte aucune marque ou inscription… Il ne nous renseigne guère, mais il témoigne de sa grande valeur grâce à sa décoration devant la gâchette, du métal qui enserre toujours le manche et le pommeau. Le pistolet mesure 50 cm hors tout et pèse 1,2 kg.

« Pourquoi est-il là ? Qui l’a caché ? Quand ? Est-il possible d’en savoir plus ? » Pour commencer, il faut échafauder des hypothèses et vérifier. D’abord, une telle arme ne pouvait appartenir à un meunier, alors la piste la meilleure semble celle du propriétaire du moulin de Lorière au XVIIIe siècle.

A cette époque le moulin appartient à la famille de Blanchardon. Nous sommes au début de la Guerre de Sept Ans, année où Louis XV se retrouve face à l’Europe coalisée contre la France… La période après 1741 doit être celle de l’apparition du pistolet : arme pour montrer la charge de Monsieur de Blanchardon de Mozé ? Arme de prestige pour signifier son rang dans l’armée ? Arme de récompense pour services rendus lors du conflit ? Quelles fonctions réelles furent celles de M. de Mozé ? Nous ne le savons pas. Mais pas de doute, elle lui a très certainement appartenu.

Après le propriétaire du moulin, il faut chercher côté des meuniers de Lorière au XVIIIe siècle. Jusqu’à 1758, le moulin est aux mains de Julien Durand qui y meurt ; mais le moulin alors n’est-il pas assez performant ou Durand subit-il la concurrence des autres meuniers du bassin du Lombron ? Sa succession est maigre. Toujours est-il, que veuf de sa première femme, Françoise Langlois, il s’était remarié avec une certaine Marguerite Touchard. Laquelle, devenue veuve, obtient de M. de Mozé de garder à bail le moulin encore 6 années jusqu’en 1764 ; elle se remarie rapidement avec un certain Marescot (ce patronyme est celui d’une famille de meuniers). En 1758, lors de la médiocre succession de Julien Durand, M. de Mozé s’était même rendu adjudicataire de certains biens mis en vente, pour se rembourser des dettes du couple Durand-Touchard…

Ensuite le moulin de Lorière est baillé au meunier François Legras et Anne Ricordeau son épouse, pour 9 ans. Mais en 1766, soit deux ans seulement plus tard, un nouveau bail est établi aux mêmes : améliorations au moulin et donc augmentation de la ferme due ? Le couple Legras-Ricordeau reste toujours au moulin de Lorière.

Début 1789, J.B.G. de Blanchardon de Mozé meurt et lors du partage de ses biens, après des échanges, le moulin de Lorière revient à Jean Pierre de Foisy. Ce Monsieur de Foisy est célèbre, il est le premier maire du Mans, mais dès les élections de 1790, il ne se présente pas pour un nouveau mandat car la Révolution n’est pas dans ses idées…

1793 arrive. En février, on décrète la levée de 300 000 hommes pour se porter aux frontières de la République… et on cherche partout des armes pour les soldats. C’est alors que M. de Foisy doit craindre réquisition pour le beau pistolet de son oncle. Où le cacher ? Il pense au moulin de Lorière. Il en connaît le meunier François Legras depuis si longtemps. Les deux hommes cherchent et trouvent une magnifique cachette : le blutoir ! Personne ne pensera jamais à fouiller une machine du moulin. Dans le creux de la charpente, sous le toit, là où est encastré le blutoir, à l’intérieur, se trouve un espace juste assez grand pour y mettre le pistolet. On l’emballe dans un tissu afin de le protéger et on l’attache au montant de la charpente. Derrière le blutoir qui tourne, impossible de le trouver.

1796, M. de Foisy meurt au Mans. En 1801, François Legras est mort. Les deux hommes ont-ils emporté avec eux dans l’au-delà le secret qui les liait relativement au pistolet caché ? … Etrange énigme….le pistolet de Lorière n’a pas fini de faire parler !

Créée depuis 2007, l’Association Des Amis du Moulin de l’Orière (A.D.A.M.O) s’est donné comme objectif l’organisation de camps chantiers pour la restauration, mais également l’ouverture progressive au grand public. C’est ainsi que le moulin a accueilli près de 350 visiteurs en juin 2009, 2010 et 2011 et 2012 dans le cadre de la Journée du Patrimoine de Pays et des Moulins.